- par Quentin MERCIER -
- Un succès annoncé - Avant de vous livrer notre opinion, nous vous proposons de revenir brièvement sur la genèse de ce film annoncé comme un chef d’œuvre avant même sa sortie. Tout d’abord les ingrédients. Un réalisateur émérite derrière la caméra : David Fincher (Alien 3, Se7en, The Game, Fight Club…). Deux acteurs parmi les plus talentueux de leur génération pour premiers rôles : Brad Pitt, « Mr Angelina Jolie », incarnant ici Benjamin Button et Cate Blanchett (Le Seigneur Des Anneaux, Babel, Aviator…) sa douce et tendre Daisy. Un budget conséquent de 150 millions de dollars. Un scénario adapté d’une nouvelle d’un géant de la littérature américaine, Francis Scott Fitzgerald (Gatsby Le Magnifique…). Avec ce genre de recette hollywoodienne qui a déjà fait ses preuves, voilà de quoi faire une bonne mayonnaise… En termes de recettes justement, L’Etrange Histoire De Benjamin Button (The Curious Case Of Benjamin Button en V.O.) a déjà pris ses marques au box office américain. Avec 116 millions de dollars en 6 semaines, c’est le film qui a récolté le plus sur les trois derniers mois écoulés. Les producteurs avaient même espéré publiquement un succès comparable à celui de l’inégalé Titanic de James Cameron. Ce dernier film avait, à l’époque, été salué pour ses prouesses techniques et il est vrai que sur ce terrain, cette Etrange Histoire De Benjamin Button va en étonner plus d’un. Il aura fallu plus d’une quinzaine d’années, et le désistement de nombreux réalisateurs (cf. : voir précédent article dans notre rubrique Clap), pour que Fincher, disposant il est vrai des dernières avancées technologiques lui donnant la possibilité de rendre crédible cette histoire surprenante, ose relever le défi. - Le vilain petit vieillard -L’Etrange Histoire De Benjamin Button ne pourrait pas mieux mériter son titre. Voyez plutôt : voici le récit de la vie d’un homme qui se déroule à l’envers. L’action commence en 1918. Benjamin Button est un bébé dont la mère meurt en le mettant au monde. En découvrant la dépouille de sa femme, le mari est confronté à une seconde tragédie. On lui tend ce nourrisson, chair de sa chair, et son visage se glace alors de stupeur en apercevant l’être qu’il tient dans les bras… le visage informe, le corps plissé à l’extrême, et les traits qui n’ont rien de ceux d’un nouveau-né, mais tout de ceux d’un vieillard : l’enfant est monstrueux. Le père s’enfuit en emportant le fruit des entrailles de son épouse. Alors que la foule en liesse célèbre la fin de la première guerre mondiale, le père tente de se débarrasser à tout prix de cet effroyable erreur de la nature. Dans le fond d’une ruelle, un couple est en train de flirter. Il prend alors la décision de déposer son fardeau sur les marches de l’hospice en bas duquel il se trouve. Les jeunes amoureux trébuchent bientôt sur les langes emmaillotant l’enfant. La jeune femme se saisit du « paquet » et l’emporte dans sa chambre. Elle s’aperçoit à la lumière de l’infirmité du petit. Déclarant que c’est un « enfant de Dieu », elle va l’adopter – et tous les occupants de la maison de retraite avec elle. Ainsi commence le parcours difficile de Benjamin Button. - Le fond et la forme - Le reste de cette histoire, qui évolue sous le signe du merveilleux, décrit la destinée, sur près de huit décennies, de cet homme extraordinaire qui se voit rajeunir seconde après seconde. Aux performances d’acteur époustouflantes de Brad Pitt et Cate Blanchett (Benjamin et Daisy) il faut ajouter de fabuleux effets spéciaux qui transforment nos protagonistes de façon hyper réaliste. Du coup, on n’a aucun mal à entrer dans cette fable cinématographique. Bien au contraire, on s’y laisse entraîner sans voir les quatre-vingt années, pardon… les deux heures et des poussières s’écouler. Les infographistes de Benjamin Button, pointilleux jusqu’aux moindres détails, le moindre centimètre carré de décor de synthèse, sont les autres stars de cette réussite sur grand écran. Voici pour la forme. En ce qui concerne le fond, L’Étrange Histoire de Benjamin Button fait inévitablement ressurgir nos interrogations sur la signification de la vie, de la vieillesse, sur le rôle et le déroulement du temps… son inéluctabilité. Le film se déploie doucement, inexorablement, avec délicatesse pourrait-on dire. Il souffre de quelques petites longueurs, mais l’ensemble est cohérent, le fil est solide. Quant à la romance, impossible -cela va de soi-, car elle unie deux êtres que tout sépare, elle est traitée avec élégance et force, dans la lignée de celles de Titanic et surtout de Forrest Gump. - Son nom est Gump, Benjamin Gump - Forrest Gump était un simple d’esprit éperdument épris de Jenny, connue dans la tendre enfance et qui rêvait d’un avenir glorieux de chanteuse folk. Cette fois-ci le scénariste disserte sur l’histoire d’amour impossible entre une fillette et un vieillard âgé de 12 ans, l’âge auquel l’infortuné Benjamin rencontre sa tourterelle. L’étincelle est immédiate, mais leur désynchronisme temporel les obligera à s’engager dans la vie dans des chemins très différents. Ils se croiseront plus tard sur le chemin du bonheur, au moment où leurs âges apparents et réels coïncideront… avant de se séparer fatalement, elle gagnée par les rides, et lui rongé par l’acné et l’alzheimer. Mais les analogies avec Forrest Gump ne s’arrêtent pas à l’histoire d’amour impossible et au choix du prénom du premier rôle féminin (Jenny dans Forrest Gump, Daisy dans L’Étrange Histoire De Benjamin Button). Benjamin Button, c’est le destin d’un homme hors du commun avec un lourd handicap, qui va cependant faire de sa vie un roman tumultueux, plutôt réussi, en partant aux quatre coins du globe. Comme Forrest Gump, Benjamin Button va prendre la mer. Il va aussi partir à la guerre. Il va aimer une femme qui ne voudra d’abord pas de lui. Il va rencontrer le capitaine d’un bateau bourru qui deviendra son ami… Les parallèles sont si nombreux qu’il est impossible de ne pas les remarquer. Il n’est d’ailleurs pas anodin de constater que si le scénario est tiré d’une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald, l’adaptation scénaristique est, quant à elle, d’Eric Roth, également scénariste de… Forrest Gump ! Mais autant l’émotion était intense au visionnage du film de Robert Zemeckis, autant elle apparaît ténue pour ce film de David Fincher… Peut-être que les ressorts qui faisaient l’âme de Forrest Gump se sont quelque peu détendus… N’empêche que L’Etrange Histoire De Benjamin Button est une vraie réussite, un conte fantastique des temps modernes qui a la facture d’un film classique… intemporel. Pari gagné pour Fincher, Pitt et Blanchett, sublime et touchante dans toutes les phases de la vie de Daisy. Le cinéma n’a pas fini de nous émerveiller ![]() - brad pitt en vieillard infirme de 4 ans -
©CULTURCLUB.COM - Toute reproduction strictement interdite sans accord
|
|



