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errances mineures

 

 

-Stella
Diaphana Distribution - 1h43

De Sylvie Verheyde. Avec Léora Barbara, Karole Rocher, Benjamin Biolay, Guillaume Depardieu...

Sélection du Festival de Venise 2008, ce troisième film, hautement autobiographique, de la réalisatrice Sylvie Verheyde, nous embarque vers les rivages tourmentés de la préadolescence. Celle de Stella, fille unique quelque peu laissée pour compte, à pour toile de fond le Paris de la fin des années 1970 (une manie ces temps-ci après Coluche, L’Histoire D’Un Mec et L’Ennemi Public N°1). Un portrait simple et authentique, sans fioritures.

en salle le 12/11/2008
>> accueil

- par Gert-Peter BRUCH -

- Stella, toujours au mauvais endroit - 

1977. La petite Stella, brunette aux cheveux longs, fille d’un couple pas vraiment ordinaire, entre en classe de sixième à Paris. Papa et maman tiennent un bar qu’ils ne quittent que pour dormir, à l’étage. Le cadre n’est certes pas idéal pour cette préado qui se voit confrontée au monde des adultes (et quels adultes !) en permanence. Stella ne semble à sa place nulle part, ni au café des parents, ni à l’école d’où elle revient dès le premier jour avec un œil au beurre noir.

- « faut pas jouer les loubards,
pas casser les portes… » -
 

A-t-elle seulement déjà été enfant cette môme un peu larguée qui, pendant que ses camarades jouent encore à la marelle, écoute en boucle, seule dans sa chambre lugubre, un vinyle 33 tours de Lavilliers (15ème Round, toute une époque), acheté avec ses propres deniers? La chanson de Lavilliers, qui n’a jamais fait dans la comptine pour enfants, parle d’un adulte qui regrette son enfance perdue… Cette adulte dans un corps d’enfant c’est Stella. Elle lit Marguerite Dumas en prétendant lire Balzac. Elle vit ses mutations, seule. Premières règles, premiers émois d’ado, premiers conflits… Sa mère qui trompe un papa effacé et soumis écoute Daniel Guichard, ‘La Tendresse’, en rêvant d’être ailleurs. On entendrait presque la sirène du port lointain. Benjamin Biolay donne chair à ce père largué. Le chanteur est très convaincant en barman looser cocu, en démission totale.

- seule face aux adultes -

C’est un parcours difficile et parfois pénible auquel on assiste impuissant. Stella s’en sort comme elle peu. Elle passe de la passivité à la violence, une violence qui explose contre des camarades de classe insupportables à ses yeux. Leur conformisme de petites filles modèles, leurs petites vies tranquilles dans un doux foyer familial sont un rappel permanent de sa propre errance. Les « pétages de plomb » de Stella sont des appels au secours mais si la petite attendait du réconfort de la part de l’école public c’est raté ! Elle ne récoltera que l’acharnement d’une prof d’anglais qui ferait passer Cruella de Vil pour une enfant de chœur.

Les adultes ne la ménagent pas, ne la protègent pas, elle est au milieu de leurs remous, impliquée malgré elle. Elle manque de tuer l’amant de sa mère et se retrouve dans la chambre d’un habitué du bar mal attentionné, qui aimerait bien se repaître de ce qu’il lui reste encore de candeur. Et pourtant, elle s’en sort, par son absence, son détachement. Elle a forgé depuis longtemps sa coquille d’œuf, qui la protège.

- un jour son prince viendra -

Stella est une Cendrillon qui ne voit pas les citrouilles se changer en carrosse. Son monde est bien réel, mais elle à tout de même son prince charmant. Pourtant, qu’on se le dise, le furtif Alain-Bernard, interprété tout en sobriété par le bien regretté Guillaume Depardieu, n’est pas tombé d’un film de Walt Disney. C’est un grand frère tendre et attentionné, qui glisse à Stella « tu vas me manquer » alors que 'Ti Amo' résonne dans le café des parents.

- cinéma vérité -

La réalisatrice Sylvie Verheyde (que l’on entend en voix off durant le film et dont c’est le troisième long métrage de cinéma) signe un portrait sans fard, mais aussi sans intrigue, sans trame véritable. Une œuvre autobiographique au rythme lent, qui explore le quotidien (pas toujours passionnant) d’un personnage en pleine mutation à la manière d’un cinéma-vérité, caméra à l’épaule, très proche du documentaire façon envoyé spécial, le spectaculaire en moins. Ce n’est pas le cinéma qui fait rêver, c’est celui qui ouvre les yeux sur ce qui se passe autour, sur ces gens que l’on croise du lundi au dimanche au coin de la rue… ou dans le café du coin12/11/2008

- stella et son prince charmant -

 

 

 

 

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