- par Jérôme CASSE - En 1999, Pierre Jolivet dépeignait joliment et drôlement la vie d’une toute petite entreprise de famille avec Ma Petite Entreprise. On se souvient du trio grinçant Lindon-Berléand-Zem s’improvisant cambrioleurs afin de sauver la petite menuiserie. Passant à l’échelle supérieure, Jolivet s’attaque aujourd’hui à un plus gros morceau. Alors qu’il dénonçait l’abus de pouvoir des assureurs dans Ma Petite Entreprise, La Très Très Grande Entreprise s’attaque à des mastodontes : les multinationales et leurs fâcheuses manies de négliger la santé de leurs travailleurs, ou des populations voisines de leurs sites industrielles. Tout cela bien souvent pour des questions d’argent. Les exemples ne manquent pas mais on ne vous en citera qu’un : la société ALSTOM, un des leaders mondiaux de l’énergie, mise en cause pour exposition à l’amiante, condamnée à ne verser que seulement 75 000 euros d’amende et 10 000 euros à chacune des 161 parties civiles. Des experts ont montré que 60 000 à 100 000 décès dus à l’amiante pourraient survenir dans les vingt-cinq prochaines années. L’histoire de La Très Très Grande Entreprise est donc tirée de ces faits de société morbides, devenus faits divers et dont la banalisation donne des frissons. - tristement inspiré de faits réels -Dans le nord de la France, au bord d’un énorme étang, se trouve l’un des sites agro-chimiques de la multinationale Naterris, neuf milliards de chiffre d’affaire. Autour de l’étang, des habitants, qui, petit à petit, subissent les effets néfastes du voisinage du géant pollueur. Non seulement les eaux des alentours sont elles souillées mais la pollution est aussi visuelle. Dur de faire venir les touristes dans un tel contexte, de cultiver des huîtres dans une eau sale, ou encore de faire pousser des fleurs. Voilà pourtant le genre de problèmes auxquels nos trois principaux protagonistes sont confrontés. Après deux ans d’un laborieux procès contre Naterris, nos pauvres héros et leurs nombreux associés de la partie civile (des habitants du coin, victimes eux-aussi d’effets néfastes) sont finalement dédommagés à hauteur d’une somme bien ridicule comparée au préjudice subi. Jugeant cette somme honteuse, nos trois victimes partent contre vents et marées pour Paris-La-Défense. Direction le siège de Naterris, pour tenter d’y trouver des informations compromettantes pouvant relancer le procès. A leur secours vient un jeune employé fraîchement viré de Naterris, ayant gardé des contacts dans la société. - les mousquetaires de jolivet -A plus gros poisson, plus grosse audace pour les héros de ce nouveau cru Jolivet. Là où Lindon et compères s’infiltraient dans le petit bureau d’une compagnie d’assurance, avec cordes et échelles, Roschdy Zem et sa bande (dont Jean-Paul Rouve et Marie Gillain) vont devoir s’infiltrer subtilement et trouver une aiguille dans la botte de foin que représente la tour Naterris. Le film s’apparenterait presque à une sorte de Ocean’s Eleven à la française. S’il n’était pas abordé sous l’aspect de la comédie sociale, ce serait purement et simplement risible. Peu évident, en effet, de croire à un tel scénario. On sourit gentiment lors des réunions « d’Etat-Major » des quatre collègues, durant lesquelles ils préparent leur plan d’attaque. Alors qu’ils sont constamment dans les griffes du loup, comprenez dans le bâtiment de Naterris, le suspens est quasiment inexistant. Pas question ici de rebondissements majeurs. On aimerait être pris plus souvent au dépourvu et confrontés à de surprenants quiproquos et; du coup, on se lasse par moments du déroulement trop rigide et évident qui imprègne l’histoire. - un bon divertissement - Le manque de caractérisation des personnages et l’approche trop lisse qui en est faite ne ne favorise pas l'indentification du spectateur pour ces héros. Jean-Paul Rouve est affublé d’un rôle d’homosexuel dont il aurait bien pu se passer, puisque c’est une caractéristique qui n’apporte rien au film, ni même au personnage qu’il incarne sans se fouler. Malgré tout, les comédiens font preuve d’une bonne cohésion de groupe, qui comble assez efficacement le vide des prestations individuelles. Mis à part ces petites lacunes, La Très Très Grande Entreprise reste tout de même une comédie sympathique, à laquelle on rit promptement, sans chercher midi à quatorze heures. Et puis si au passage on peut sensibiliser sur les scandales engendrés par ces multinationales, alors c'et tout bénef. Jolivet rappelle aussi, comme pour enfoncer le clou, que ces géants de l’économie finissent toujours par échapper à la sentence qu’ils méritent. Dur combat que celui de faire appliquer la justice ![]() - rouve et gillain, infiltrent Naterris -
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